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Annonce envoyée par Sarah Davis Cordova 

Joël Des Rosiers, Lauréat du Prix Littéraire Fetkann! − Maryse Condé de poésie 2016 pour son recueil de poèmes Chaux.

http://site.prix-fetkann.fr/category/laureats-de-la-categorie-poesie/

CHAUX

Triptyque (Montréal/Québec)

La chaux est l’encre des écrits divins. C’est donc à un Dieu à la main coupée, à ce point humain, que tout poète s’adresse comme limite extrinsèque de tout savoir. Plutôt que de prendre la parole l’auteur a voulu être enveloppé, porté par elle, bien au-delà de tout commencement. La tentation est grande de se tourner vers ses poèmes antérieurs, ses champs de parfums et de sonorités. Cela reviendra à ignorer les traces d’une fulgurance plus ancienne: une terre vivante, une chaleur organique, la chaux, entre délire et prophétie, était entrée en lui dès les premiers jours de sa vie, dans cet espace du dedans, démesuré, insoupçonné, intemporel, qui est la vraie mesure de l’homme.

Sans doute avec Chaux est-ce le même poème différent qui se continue en déjouant toute attente. L’écriture en est plus avide, plus déchiquetée, plus rapace. Plus dévêtue aussi. Si parfois le thèmes s’estompent, c’est pour revenir plus tard, à coup de visions, sous la forme de leitmotiv, affermis mais pas identiques. Le livre est divisé en trois parties: « Iles » (os du bassin), incarnation intensément marquée par la biologie ; « Voiles », pour dire l’inquiétude d’une apparition autant que d’une disparition ; et « Batteries », qui clôt la démarche du héros épique au rythme des « tambours furieux / qui fustigiez / les hommes communs ».

Ces répétitions, ces variations, ces coupures, ces retours en arrière permettent sans artifice de retrouver un poème enchanté, un chant indigène. Comme si toute l’œuvre était placée depuis le début sous le signe du poudroiement de la chaux : « Si blanche l’étrangère en ce pays de feuilles » (Édouard Glissant).

(Note de l’éditeur)
Psychiatre, psychanalyste, poète et essayiste, il parcourt le monde, en particulier un long voyage au Sahel, avant de publier aux éditions Triptyque à Montréal divers recueils de poèmes dont Métropolis Opéra, Tribu, Savanes, Vétiver, Caïques et Gaîac. Son important essai intitulé Théories caraïbes : poétique du déracinement (1996, Prix de la Société des écrivains canadiens), réédité et augmenté (2009), a marqué les études post-coloniales : « à ce jour, l’une des tentatives les plus ambitieuses pour penser la condition et la fiction haïtiennes à la grandeur de son américanisé ». Son dernier essai Métaspora. Essai sur les patries intimes (2013) a été nommé « Essai de l’année » par l’émission internationale La librairie francophone et a été distingué aux États-Unis par le prestigieux Prix du MLA (Modern Language Association of America) for Independent Scholars.

 

Sa poésie qui procède de mystères et de sacrifices est en même temps travaillée par d’extrêmes tensions qui se mêlent à une érudition apparemment clinique où la mélancolie de la chair s’offre à se commuer en deuil, en cérémonie religieuse et sensuelle. Dans le dernier opus Chaux, le poème s’écrit sur une page de chaux inscrivant dans la matière des origines l’impulsion des mots et le souffle de la vérité car « des murailles mêmes crie la pierre ». La poésie de Joël Des Rosiers est couronnée de nombreux prix littéraires dont le Grand Prix de la Ville de Montréal, le Prix du Festival international de poésie, le Prix du Gouverneur général (en traduction). Joël Des Rosiers a reçu en 2011 le Prix du Québec-Prix Athanase-David, la plus haute distinction littéraire décernée.